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Le Voyage en Orient se présente
entre autres, sous la forme d'une quête inlassable de l'Éternel Féminin, d'un
retour à l'Age d'Or. Quête mystique, quête de l'unité perdue que le poète ne
pourra rejoindre qu'en passant par de multiples étapes d'initiation, et surtout
à travers l'Amour qui tout au long de cette étude va s'avérer nécessaire et
impossible. La poursuite de cette Figure Féminine à la fois unique et multiple, incarne pour
Nerval la mère, la sœur, l'épouse, ou la reine. Ce qui le fera basculer dans le
dédoublement, se réfugier dans la folie ou le mythe, Isis, ou Balkis, reine de
Saba, ou encore Aurélia. Qu’il soit Hakem, Adoniram ou Orphée, Eurydice lui
échapera toujours, c'est ce qui fait du poète un éternel exilé, c'est ce qui
crée son destin. Nerval, l'inconsolé, dépossédé de la femme aimée, cherche en
lui-même et à travers le monde, le château mystique où le Graal lui délivrera
enfin le secret de l'Univers.
2006 - 160 pages, ISBN : 2 - 85157 - 276 - 8 15 € Diffusion distribution : en France DILISCO ; en Suisse SERVIDIS ; en Belgique LA CARAVELLE ; au Canada AGENCE DU LIVRE.
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Nerval et la quête de l’éternel
féminin
Jorge Peña
Alice Machado fait avec Gérard de Nerval le voyage en Orient, pour analyser
cette rencontre entre les deux continents comme un « faux mariage ».
Plutôt que de regarder ce voyage comme une mission ingénue, il faut se rendre
attentif à l’ambiguïté qui, dès le début, caractérise l’entreprise amoureuse et
la recherche de soi-même : une ambiguïté dans laquelle la ligne de
démarcation entre le désir et le spirituel est assez tenue, ou même parfois
indiscernable. La première partie intitulée Voyage et quête montre comment chacun
des itinéraires nervaliens témoigne de la perte — un thème qui oscille
toujours entre deux pôles : d’une part, la dégradation et la décadence, et
de l’autre la restauration et l’innovation. La réalité, le présent sont soumis au morcellement, à la perte. Des choses
et des lieux d’abord. Le poète est constamment en quête d’un monde situé dans
le passé ; c’est celui de l’Âge d’Or, dont témoignent les mythes et les
légendes. Durant tout le Voyage, l’Orient mythique ne cesse de se confronter à
un Orient réel et décadent : « le berceau des peuples, n’est plus
maintenant qu’une source desséchée ». Les monuments en ruine restaurés ssont
aussi un autre symbole négatif, car la rénovation vient alors effacer les
traces de ce passé. Cette idée de perdition en Orient est, pour le narrateur,
inhérente à la politique extérieure anglaise dans la première moitié du XIXe
siècle : « les Anglais représentent la destruction ». D’autre
part, la perte des êtres aimés : Aurélia, Sylvie, Octavie,
et Héloïse. C’est ainsi que le voyageur commence « une quête d’hier sous
aujourd’hui ». Suite à cette recherche, le poète peut fixer dans son
oeuvre tout un monde de souvenirs, recomposer le passé dans le présent. C’est
donc en essayant de remonter vers les sources, qu’il peut se régénérer, et
faire revivre ses propres origines. Le poète se donne lui-même la tâche de
rétablir l’harmonie perdue. Il ne pourra pas le faire sans passer par le culte
de la femme : la quête de l’éternel Féminin. La deuxième partie s’intéresse à la quête de « tayeb » à
« mafisch » : des femmes-images de la nuit et du théâtre de
Vienne, on ira jusqu’aux femmes du jour et de la réalité, chez le marchand
d’esclaves : L’amour et le mariage nécessaires et impossibles. Le poète commence la poursuite de la figure de la femme idéale à Genève, où
les femmes sont « fort jolies » ; à Munich ensuite, où les
femmes portent les traces des tableaux de Rubens ; jusqu’à Vienne, où il
déclare : « À Vienne, cet hiver, j’ai continuellement vécu dans un
rêve ». Dans l’intervalle, le narrateur fera plusieurs rencontres — Katty,
une figure de la nuit, disparaît avec le jour ; Vhahby, presque
diabolique ; autant d’amours qui se terminent par un échec, de la même
façon qu’il perdra Sylvie dans Les Filles du Feu. Pour Alice Machado,
ces femmes reproduisent l’acte de l’abandon de la mère morte en Silésie. Il
ne reste qu’une seule issue dans l’univers nervalien, le mariage ou la mort.
Dans cette poursuite de l’Éternel Féminin de l’union sur la terre avec la
figure idéale, c’est surtout aux femmes que Gérard s’intéresse en arrivant au
Caire. La femme égyptienne reste à la fois présente et absente, morte et
vivante, elle est à la fois femme-déesse et femme-momie : « Véritables
filles d’Isis, elles cachent leur vérité profonde, sous des masques apparents,
et exercent un invincible attrait sur le voyageur qui voudrait percer le
mystère ». Chaque femme voilée, donc interdite, lui est un rappel de la
transparence perdue. Le poète en quête de rêve, refuse de retrouver la réalité
qu’il a quitté. C’est ainsi qu’il fait encore d’autres tentatives, afin de
trouver « l’épouse idéale ». Il pourra suivre une procession de noce,
transfiguré, muni du nom « tayeb », comme un véritable habitant du
Caire. Toutefois, il se refuse au mariage, et songe à l’achat d’une
esclave : Zeynab. Vite déçu, il regrette l’achat de l’esclave :
« Il est clair désormais que j’avais fait une folie en achetant cette
femme ». Gérard découvre maintenat madame Bonhomme, la « reine du
matin », la dernière figure féminine au Caire. Quittant le Caire sous le signe de la tristesse, en emportant Zeynab avec
lui, le voyageur prend en arrivant à Beyrouth un ton plein
d’enthousiasme : « je me sens plus jeune […], je n’ai que vingt ans ».
Il imagine avoir trouvé la figure de la femme idéale avec Salèma. Il trouve sa
pleine signification dans la nature même de son origine qui est non pas
humaine, mais divine. Dans la troisième partie, Vers le mythe, on désigne une réalité qui
ne peut pas le satisfaire, c’est donc dans les figures mythiques que le
voyageur pourra se réfugier : « L’impossibilité d’atteindre aux êtres
réels me jeta dans le pays des chimères ». La reine de Saba, une figure
mystique, la reine d’un pays des magiciens, le miroir d’un univers nervalien où
la femme apparaît en même temps comme microcosme et macrocosme, elle est à la
fois fragment de l’univers auquel désire s’accorder le poète et cet univers
lui-même. C’est donc ainsi que la reine de Saba se confond dans le monde nervalien
avec Aurélia et Isis, figure pour lui de la mère, la sœur et l’épouse.
Sétalmulc, la sœur aimée d’Hakem, est la même que la femme rêvée, pressentie et
vue par Yousouf, mais l’un et l’autre seront privés d’elle. Cette princesse a
le pouvoir d’unir en elle le passé et le présent, avant d’incarner la figure
isiaque éternelle et omniprésente. Ces personnages féminines s’unissent à
travers les contes pour dire la toute puissance de la femme, seule capable de
réunir les divers espaces, et les lieux dans une synthèse souveraine. Tout
comme Adoniram, seul parmi les héros nervaliens, accomplit son mariage avec la
femme aimée, désormais sœur, épouse et mère, c’est pourtant le calife Hakem qui
maintient la folle espérance sur laquelle se fonde le syncrétisme de Nerval,
cette ardeur qui se manifeste dans toutes ses aspirations à un renouveau de
l’ordre ancien, un retour à l’Âge d’Or. Le type de personnages que Gérard a créés dans son Voyage, leurs
confrontations et leurs affrontements, permettent à l’auteur de se livrer à une
réflexion sur la femme silencieuse. Alice Machado parvient à la
conclusion que le seul mode réel de connaissance réside dans ce concept
désuet : l’âme. Le récit devient ainsi un miroir et un reflet de la vision que l’écrivain a
de l’affirmation et l’intériorisation de l’identité de la femme. On pourrait
présenter l’économie générale des thématiques et la fonction des images en les
considérant, ainsi que le langage qui les exprime, comme un code, défini
comme : « Quête d’amour, d’harmonie première, de cette image
virginale et pure toujours fuyante ».
Publié sur Acta le 20 avril 2008
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