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Dans la capitale la chaleur était oppressante, anormale pour la saison. Sans un souffle elle écrasait tout, même la fin de l'été. A travers la vitre du taxi qui m'emmenait vers son cœur, la ville surgissait, avec ses impressions fortes, me dévoilant à nouveau ses paysages. Déjà gagnée par sa puissance, je me laissais envahir par elle, jusqu'au ravissement, les yeux qui se ferment. Ce voyage m'avait semblé long, interminable. Je l'avais surtout fait pour rejoindre ici Florence, mon amie de toujours, que je n'avais pas vu depuis presque un an. J'avais un besoin vital de ressentir sa présence, de lui parler. Depuis tout ce temps loin d'elle, le monde était devenu fragile, comme une fleur dépossédée de tous ses mystères. Je ne lui avais pas annoncé ma venue, imaginant déjà sa surprise et son rire d'enfant, si parfaitement pur.
Le taxi m'arrêta devant le studio meublé, que j'avais loué pour quelques semaines. En y entrant je fus frappée par la pénombre et un parfum de fleurs fanées, que je crus reconnaître, celui des orchidées. Incommodée par cette odeur persistante, cette impression d'absence, j'ouvrais en grand la fenêtre, pour la chasser vers le lointain. Il y avait sur un mur, accroché à sa blancheur, un tableau représentant les quais de la Néva à Saint-Pétersbourg. C'était une ville que j'aimais, où j'avais étudié le russe une partie de ma vie. Elle me rapprochait de moi, de mon passé, et sa découverte dans cette chambre me séduisait, comme s'il s'agissait là d'une présence discrète et accueillante. Impatiente, je pris le téléphone et appelai Florence, mais sa voix dans le répondeur m'apprit qu'elle n'était pas là pendant le week-end. Je restai déçue, mais déjà dans la douceur de la savoir plus proche de moi. Dans la pièce l'atmosphère se faisait de plus en plus étouffante, poisseuse, sans aucune traversée. N'ayant plus le courage de faire le moindre geste, j'ôtai mes vêtements et allai prendre une douche. Durant longtemps je laissais l'eau me rafraîchir, dans une sensation douce, le frisson d'une rivière glacée. Je repensais à Florence, à sa vivacité. Elle ne pouvait pas avoir changé, le temps ne changeait pas l'immensité du cœur, ses couches profondes, il n'avait aucune prise sur l'éternité. Je quittai la salle de bains plus détendue, prête à sortir dans cette ville à perte de vue, où je songeai déjà à m'installer quelques temps, en quête de renouveau.
En bas de l'escalier, je m'arrêtais devant la boîte aux lettres qui correspondait au numéro de mon studio. Je l'ouvris et trouvai à l'intérieur une enveloppe adressée à une certaine Rosa S., une enveloppe bleue. Ce nom figurait aussi sur la boîte, écrit à la main, comme le signe de l'ancienne locataire. Je restai un moment sans réaction, frappée par cette couleur. C'était un bleu que je connaissais, un bleu du cœur qui était aussi le mien. Je sortis de l'immeuble avec un léger trouble, un frémissement dans l'âme, m'interrogeant encore sur ce hasard, dans le flot des images qu'il me renvoyait.
Je passais une partie de la journée à marcher sans but précis l'esprit toujours occupé par cette coïncidence, cette "apparition bleue" que je ne m'expliquais toujours pas. Autour de moi la ville se dressait, défilait devant mes yeux comme un film au ralenti, plus imposante et gigantesque que jamais, m'écrasant presque du poids de son histoire.
Une sorte de voile, de tissu incandescent enveloppait mes sens, les ravissait. Les images me traversaient, s'éparpillaient dans ma tête comme des pigments de roche au soleil, sans que je puisse vraiment les retenir...
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