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Accrochée au bras de Pierre, un bras musclé de reporter, je reprends ma marche avec lui, dans cette longue avenue si familière pour nous, qui s'étend au-delà de l'horizon, dans l'infini de la capitale. Je viens tout juste de le retrouver à la sortie d'un grand journal parisien où il travaille. Il fait beau. Pierre m'embrasse. Il porte aujourd'hui une chemise en coton blanc que nous avions choisie ensemble, l'année dernière dans une ville ouverte sur la mer du Nord. Pendant un instant je ne regarde que cela, cette blancheur qui traverse sa peau, dans la couleur du souvenir. Il me dit sans plus attendre: -Tout s'est finalement arrangé, Olivia, les dernières mises au point ont été faites, je pars demain pour l'Angola, et je suis très heureux de faire une nouvelle fois équipe avec David. Il s'arrête un instant et ajoute, plein d'enthousiasme: -Il faut dire que nous avons toujours fait du bon boulot ensemble ! Ce que Pierre vient de m'annoncer, je l'avais deviner à la seconde même où son regard a croisé le mien, un regard si enflammé, si plein d'intensité.
Ce départ me bouleverse. Mon âme se dérobe dans un torrent d'images vertigineuses, qui viennent se superposer malgré moi à la réalité de ce jour, et de nouveau la peur est là, elle se réveille au plus profond de mon être, incessante, écrite sur le corps fragilisé de ma vie. Pierre s'arrête de marcher, guette un sourire de ma part, qui vient avec difficulté. Il prend mon visage dans le creux de ses mains, et avec la douceur d'un père au berceau il murmure mon prénom, toujours avec cette voix si rassurante qui n'appartient qu'à lui seul : "Olivia".
Il me semble l'entendre pour la toute première fois. Sa tendresse remplit l'été. Il me regarde intensément, comme si une fois encore il voulait m'insuffler la puissance de son amour, sa profondeur. Ses yeux sont d'une transparence aveuglante. Ils me brûlent, je supporte à peine leur éclat. Je détourne la tête, submergée par ce trop plein de luminosité, et je lui demande de continuer à marcher, de garder nos corps en mouvement, d'aller plus loin vers le centre, où il veut, de retarder seulement la fin du jour.
J'ai rencontré Pierre longtemps après mon arrivée à Paris où je voulais trouver un refuge. Je suis née à Madère, j'ai grandi là-bas, à Porto Santo, dans cette île de l'Atlantique Sud, qui paraît si belle vue d'ici, qui l'est d'ailleurs, mais dont l'histoire douloureuse m'a laissé une blessure qui ne pourra jamais tout à fait cicatriser...
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